




|
Réduction de la pollution lumineuse, économies financières, protection de la biodiversité... Serge Mesko, adjoint au maire en charge de la voirie, des réseaux et des espaces verts, nous explique pourquoi et de quelle façon la municipalité a décidé d'expérimenter une coupure de l'éclairage public la deuxième partie de la nuit.
Quels étaient les objectifs visés par la municipalité dans la mise en place de cette expérimentation ?
La réduction du temps de fonctionnement de notre éclairage public s'inscrit dans une politique globale de développement durable. Consommer moins d'énergie, c'est en effet produire moins à la source et c'est aussi protéger la biodiversité en retrouvant des cycles de vie plus naturels. De nombreuses décisions municipales prises ces dernières années reflètent déjà cette ambition, comme le remplacement progressif d'ampoules trop énergivores par des lampes à vapeur de sodium et l'installation d'horloges astronomiques (en savoir plus en cliquant ici). Si la réduction du temps de fonctionnement de l'éclairage public présente bien évidemment un enjeu économique non négligeable pour la collectivité, ne plus éclairer à certaines heures de la nuit ouvre aussi des perspectives environnementales importantes.
Quelles pespectives ?
Une réduction de la pollution lumineuse permet de préserver la flore et la faune qui subissent les conséquences néfastes de l'éclairage des lampadaires et d'autres sources lumineuses, comme les panneaux publicitaires. Cette pollution influe sur la germination des graines, dégrade la photosynthèse des plantes qui ne peuvent plus se « reposer » la nuit et retarde fortement la chute des feuilles. Elle est également responsable de la mort directe ou indirecte de nombreuses espèces animales et elle modifie le comportement de beaucoup d'autres. Notamment les insectes dont les cycles physiologiques (alimentation, reproduction, ponte) sont perturbés par la présence permanente de lumière. L'éclairage nocturne est ainsi la première cause de la raréfaction des papillons de nuit. Attirés par les sources lumineuses, ils tournent par ailleurs autour des lampadaires jusqu'à l'épuisement, s'ils ne sont pas mangés avant par leurs principaux prédateurs (amphibiens, reptiles, chouettes) qui les repèrent plus facilement que dans le noir. Les insectes lumifuges comme les vers luisants subissent aussi les modifications de l'environnement lumineux, les routes éclairées formant de véritables barrières qui cloisonnent les populations et réduisent leurs chances de rencontre et de reproduction. L'abondance de la lumière annule de surcroît l'effet fluorescent de la femelle qui ne peut plus se faire repérer par le mâle, l'absence de fécondation entraînant la disparition de l'espèce.
D'autres espèces animales que les insectes sont-elles impactées par cette pollution lumineuse ?
Principalement les oiseaux, mais également les amphibiens et les mammifères. Si les hiboux sont éblouis par les lumières nocturnes, ce sont essentiellement les oiseaux migrateurs qui subissent les conséquences néfastes des sources lumineuses. Désorientés, ils ne peuvent plus discerner les étoiles auxquelles ils doivent se fier pour migrer. Les zones éclairées les dévient de leur route et ils meurent parfois d'épuisement avant d'arriver à destination. A l'inverse, des oiseaux mieux adaptés à la ville comme les pigeons, les étourneaux ou les rouges-gorges accélèrent leur rythme biologique et augmentent leur nombre de couvées. Un surplus de lumière empêche également les grenouilles de différencier leurs proies des prédateurs ou de leurs congénères, tandis que certains mammifères ne chassant les insectes que dans l'obscurité totale ne trouvent plus leurs proies qui sont, elles, attirées par la lumière...
L'homme en subit-il également les conséquences ?
Tout-à-fait. La nuit est avant tout un temps de repos pour l'homme. La lumière artificielle perturbe le sommeil. Ne bénéficiant plus d'une véritable alternance entre le jour et la nuit, ses sécrétions hormonales sont perturbées. Notamment celle de la mélatonine, souvent dénommée hormone du sommeil, sécrétée par la glande pinéale du cerveau en réponse à l'absence de lumière. Cette hormone également présente chez les animaux et les plantes régule non seulement nos rythmes chronobiologiques, mais présente en outre une fonction d'antioxydant et joue un rôle dans le système immunitaire. Elle est donc essentielle pour maintenir notre corps en bonne santé. Si l'homme peut fermer les volets de sa maison pour échapper à la pollution lumineuse, les animaux n'ont pas le choix et doivent la subir !
Hormis ces perturbations de la biodiversité, d'autres impacts sur l'environnement ?
Sur l'effet de serre qui enregistre une amplification liée au fonctionnement des centrales thermiques, même si celle-ci reste très mesurée en France avec « seulement » 109 grammes de CO2 rejetés dans l'atmosphère par kilowatt d'électricité consommé, selon des études menées en 2005. Si toutes les villes françaises réduisaient leur éclairage durant la nuit, 1 300 mégawatts pourraient être économisés, soit l'équivalent d'un réacteur nucléaire. Ne négligeons pas non plus l'aspect visuel : revenir à un environnement nocturne « dépollué » permet aussi d'apprécier la beauté d'une belle nuit étoilée...
A propos d'économies, de combien la ville de Fondettes envisage-t-elle de réduire sa facture d'électricité ?
La ville dépense un million de kilowatts chaque année dans son éclairage public pour faire fonctionner ses 2 060 points lumineux, soit une facture d'environ 70 000 euros. Comme chaque Fondettois, la ville cherche bien évidemment à faire des économies. En éteignant l'éclairage public cinq heures par nuit, nous économiserons entre 20 000 et 30 000 euros par an. Les économies réalisées permettront de poursuivre l'amélioration du parc d'éclairage public existant. Parce qu'il ne s'agit pas du tout de réduire le nombre de lampadaires. Le réseau sera au contraire étendu à d'autres secteurs fondettois pour le moment mal desservis. Je pense notamment aux traversées piétonnes. La municipalité doit en outre intégrer une nouvelle donnée dans sa gestion des coûts énergétiques : la libérisation du marché de l'électricité qui devrait engendrer des hausses de tarif.
Pouvez-vous nous en dire plus ?
La loi Nome de décembre 2010 contraint EDF à vendre jusqu'au quart de sa production nucléaire à ses concurrents à un tarif relativement bas alors que durant 30 ans, EDF a été financée par nos impôts pour pouvoir investir et proposer les tarifs parmi les plus bas d'Europe. Pour poursuivre son développement, l'entreprise aura donc besoin de nouvelles ressources qui impliqueront inévitablement une augmentation des tarifs. Tarifs qui ne seront d'ailleurs plus fixés par le gouvernement à partir de 2015. Nos économies d'aujourd'hui doivent permettre d'amortir les hausses attendues des tarifs de demain.
L'extinction des lampadaires ne risque-t-elle pas d'augmenter les risques d'accidents de la route ?
On peut effectivement se demander pourquoi on dénombre autant de morts sur les routes la nuit que le jour alors que le trafic est quatre fois moins important. Dans les très grandes villes comme Paris, les accidents sont certes moins nombreux mais ils sont beaucoup plus graves. La lumière peut donner un sentiment de sécurité et inciter les automobilistes à rouler plus vite. Des études menées sur la sécurité routière montrent d'ailleurs que les gens roulent moins vite et plus prudemment dans les lieux non éclairés. Le manque de visibilité qui peut être constaté du fait d'un éclairage public éteint doit être compensé par une signalisation réfléchissante incitant les conducteurs à être vigilant aux abords des points de conflits éventuels comme des ronds-points ou des intersections dangereuses. 25 leds solaires au sol ont d'ailleurs déjà été installées à Fondettes et ce système sera renforcé. D'autres solutions peuvent en outre être envisagées, comme des éclairages à détection de présence à proximité des passages pour les piétons. C'est d'ailleurs ce que nous avons déjà mis en place au rond-point du lycée agricole.
Toujours en terme de sécurité, ne pas être vu ne multiplie-t-il pas les phénomènes de délinquance ?
Dans des communes comme Ballan-Miré ou Sainte-Maure où l'éclairage nocturne a été définitivement restreint, les chiffres de la gendarmerie sur les actes de délinquance n'ont pas augmenté. De fait, les trois quarts des cambriolages se déroulent en plein jour. Si notre commune jouit aujourd'hui d'un caractère tranquille qui ne devrait pas être impacté par la réduction de l'éclairage public, nous serons bien évidemment attentifs à cet aspect.
Quels étaient les secteurs concernés ?
Pendant trois mois, tout l'éclairage public de la commune (à l'exception de la zone d'activités de la Haute-Limougère) a été éteint entre minuit et cinq heures, sauf la nuit du samedi au dimanche. Ces horaires pourront être ajustés en fonction des remarques relevées auprès des élus, des associations et des habitants. Mais également en fonction de certains impératifs liés à l'organisation de manifestations qui se déroulent la nuit, comme la fête de Fondettes ou le concert du 14 juillet.
Tous les Fondettois ont donc pu donner leur avis...
Bien sûr. Une réunion publique a été organisée le 29 juin avant le début de l'expérimentation et une autre rencontre publique était proposée aux Fondettois au terme des trois mois d'extinction de l'éclairage public, le 3 novembre. Un registre était mis à disposition à la mairie pour recueillir l'avis des Fondettois et j'ai assuré une permanence les jeudis matins 4 et 11 août, 22 et 29 septembre, 6 et 13 octobre. Chacun pouvait en outre donner son avis sur le site internet de la ville. Le projet n'est de fait pas figé et il reste d'autres questions à propos desquelles nous devons encore réfléchir avec la population, comme celle de l'éclairage des monuments. Le travail ne fait que commencer... |